Le fondateur (1856-1868)
De la fondation à l'approbation (1856-1863)
Les débuts furent on ne peut plus difficiles. L'archevêché mit à la disposition de l'œuvre une propriété, située au 114 rue d'Enfer (aujourd'hui 88 avenue Denfert-Rochereau dans le 14e), mais à titre précaire. Inconnu à Paris, Eymard est sans relations, sans ressources et sans vocations. Tout en faisant les préparatifs, il attend plus de six mois des recrues pour former une communauté. Le 6 janvier 1857, il inaugure la première communauté adoratrice avec l'exposition du saint Sacrement; la Société compte alors quatre membres. C'est dans la pauvreté et le dénuement que la vie s'organise. Puis progressivement, la communauté grandit. À la fin de l'année, l'archevêché met en vente la propriété. Eymard, faute de ressources, ne peut songer à l'acquérir; il faut penser à déménager.
Finalement, il trouve, en ce même quartier, à côté de l'Observatoire, une propriété double et séparée, les 66-68 de la rue du Faubourg Saint-Jacques. Une fois aménagé l'immeuble du 68, la communauté s'y transporte à Pâques 1858. Eymard restaure l'immeuble contigu du 66 et, au mois de mai 1858, il y accueille Marguerite Guillot et deux compagnes pour y préparer la fondation de la branche féminine. Avec l'aide de laïcs, des confrères des Conférences de Saint-Vincent de Paul, il rassemble des jeunes apprentis du quartier qui n'ont pas été catéchisés, et, au prix d'une longue patience, il les prépare à leur première communion. Le 15 août 1858, il a la joie de communier douze jeunes; le lendemain, ils sont confirmés. Ainsi naît puis se développe, en ce quartier de la barrière d'Arcueil, l'un des plus pauvres de Paris, l'Œuvre de la Première communion des adultes. Au mois de décembre, il se rend à Rome avec le P. de Cuers et, le 5 janvier 1859, Pie IX signe le bref laudatif de son Institut.
Cette même année, le 8 novembre 1859, appelé par Mgr de Mazenod, il inaugure à Marseille une seconde communauté et la confie au P. de Cuers. Rapidement, l'Agrégation du Saint-Sacrement, qui associe les fidèles à l'œuvre d'adoration, connaît une extension considérable. Trois ans plus tard, le 29 décembre 1862, il fonde une troisième communauté à Angers. Dès lors, sans tarder, il entreprend les démarches pour solliciter de Pie IX l'approbation pontificale de son Institut. Il se rend une seconde fois à Rome et, le 3 juin 1863, il reçoit de Pie IX le décret d'approbation, en date du 8 mai.
Au cours de ces années, le P. Eymard prêche beaucoup, à ses religieux et à la communauté des futures Servantes du Saint-Sacrement, aux fidèles de la chapelle, mais aussi dans des églises de Paris, où sa renommée s'étend. Il travaille surtout à la rédaction des Constitutions. Souvent il ne s'agit que d'ébauches de chapitres ou de numéros, selon une pensée qui évolue et se clarifie. Sa correspondance devient plus importante soit avec ses amis lyonnais soit avec des personnes qu'il accompagne.
Les Constitutions et le Cénacle (1863-1865)
Depuis le mois de décembre 1863, le P. Eymard se consacre tout entier à la réalisation d'un projet qui lui tient à cœur: acquérir le Cénacle de Jérusalem pour en faire le lieu d'un culte magnifique envers l'Eucharistie. Il multiplie les démarches auprès des instances intéressées, intervient auprès de Pie IX. À deux reprises, il envoie en éclaireur le P. de Cuers. Le projet se heurte à des difficultés insurmontables, que le P. Eymard ne soupçonnait pas. Il se rend à Rome le 10 novembre 1864 pour plaider sa cause. Ses interventions auprès de la Congrégation de la Propagande n'aboutissent pas. La question devant être dirimée par une Congrégation générale des cardinaux, elle est renvoyée après les fêtes de Noël et, par la suite, sans cesse remise à une assemblée générale ultérieure.
De guerre lasse, mais sans quitter la place, le P. Eymard se retire chez les Rédemptoristes, villa Caserta près de Sainte-Marie-Majeure. Le 25 janvier 1865, il entre en retraite et, tout en veillant à sa cause, vit pendant neuf semaines sous le regard de Dieu. Les notes qu'il rédige jour après jour révèlent ses états d'âme, ses attentes, ses désirs, ses souffrances et ses épreuves. Dans cette pure recherche de Dieu et de sa volonté, il découvre que ce qui importe, ce n'est pas le succès de la Société par moi, ou même du Cénacle, mais une autre réalité, le dépouillement de tout son être, de son moi. Néanmoins il ose croire à la réussite de son projet. Le 21 mars 1865, en la fête de saint Benoît, au cœur de ses épreuves, il reçoit, au cours de son action de grâce, la faveur insigne “du don de la personnalité” et il s'y engage par vœu. Il résume cet événement en ces simples mots: Rien pour moi, personne, et demandant la grâce essentielle: rien par moi. Modèle: Incarnation du Verbe. Suit un texte de M. Olier, tiré du Catéchisme de la vie intérieure. Il s'agit d'une expérience mystique majeure, qui transforme radicalement le P. Eymard et le rend disponible à toute décision, fût-elle à l'encontre de son désir.
Celle-ci lui est communiquée à la fin du mois: elle est négative. Apparemment, c'est l'échec total. Le P. Eymard quitte Rome le 30 mars 1865 dans une attitude d'abandon avec, pour unique richesse, le “Cénacle intérieur”, cet amour pur, qui fut celui de l'Incarnation par le sacrifice du moi humain de Jésus.
